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Société de Recherche Historique de Seneffe
LES VIEUX METIERS DU XIXe SIECLE A FELUY.

     Nous avons vu qu'au début du XIXe siècle, les populations rurales tirent essentiellement leur subsistance de l'agriculture et de l'artisanat. La plupart des métiers de l'époque sont représentés dans les localités d'une certaine importance, ce qui se vérifie pleinement à Feluy.

     Le "Registre des patentables" nous documente à suffisance sur la question et nous permet de donner un assez large aperçu des activités artisanale, commerciale et industrielle de notre commune durant le siècle dernier. Les ouvriers et les cultivateurs ne paient pas patentes et ne figurent donc pas au registre en leur qualité d'ouvrier ou de cultivateur, mais ils peuvent y être repris s'ils exercent une fonction complémentaire d'indépendant (artisan, commerçant, industriel, etc.).

     Pour notre première année de référence, 1816, nous constatons que le registre renseigne 36 patentables parmi lesquels nous relevons six maîtres de carrières (Nicolas et Jean-Baptiste CAPITTE, la veuve DELALIEUX, Jacques PENNART, Jacques et Jean-Baptiste PIRON), quatre cabaretiers (Antoine LEBEAU, Guillaume GODEAU, la veuve Pierre-Joseph LECHIEN et Antoine LECHIEN qui est aussi boulanger), quatre "aubergistes sans domestiques et ayant moins de quatre chambres" (Dieudonné GAUDY, Jean-Baptiste TAMBUREUR, la veuve Nicolas DERIDEAU et Jean BAUTHIER qui est aussi maréchal-ferrant).

Les artisans qui n'exercent qu'une seule activité sont:
3 maréchaux-ferrants (Louis BAUTHIER, François BOTTEMANNE, Guillaume BOURDON).
2 bourreliers (Pierre-Joseph LACROIX et Herman DELALIEUX).
2 tonneliers (Alexis et Simon TIBY).
1 charron (Jean-Baptiste PELERIN)
2 menuisiers (François SAUVAGE et Jean-François GAUDY).
1 serrurier (Michel TOUSSAINT)
1 meunier "ayant trois moulins à farine" (Pierre LIÉNARD).
2 brasseurs (Jean-François ZERQUE qui "livre les matériaux mais pour autrui" et Jacques REMIENS qui "loue sa brasserie à des particuliers").

Une "traficante de meules de moulin"(Catherine BERLAIMONT).

     Quelques patentables exercent simultanément plusieurs activités:
Un boulanger "qui tient aussi boutique d'objets des 1re, 2e et 3e catégories" (Hyacinthe DEMARET).
Un distillateur "n'ayant qu'une chaudière et vendant des objets de la première catégorie" (Maurice ROUSSEAU).
Trois "marchands tenant boutique d'objets des 1re, 2e et 3e catégories" (Louis PEDE, Pierre LELOUP et MARCQ François qui est aussi fabricant).
La liste de 1816 est complétée par le notaire Emmanuel DEBAUQUE et le "chirurgien-accoucheur", Maximilien HÉLIN.

     La période hollandaise est marquée par une augmentation continuelle du nombre d'artisans et de commerçants locaux et une diversification importante des professions qu'ils exercent dans notre localité. Le nombre de patentables passe de 36, en 1816, à 94 en 1830.

     Après le tassement bien compréhensible des premières années de notre indépendance, le nombre des patentables augmente à nouveau et atteint rapidement une bonne centaine avec des pointes allant jusqu'à 140. Ce nombre d'indépendants est assez impressionnant, d'autant plus qu'une partie d'entre eux exerce simultanément plusieurs activités.

     Avant de nous intéresser aux activités professionnelles de la classe ouvrière, et afin de documenter au mieux le lecteur, nous avons relevé les professions exercées dans la commune. Nous les signalons dans l'ordre du registre des patentables.

     En 1817, Antoine LECHIEN est repris comme "cabaretier Kleintapper et petit boulanger ne débitant que du pain de seigle" ; Pierre LIÉNARD comme "meunier avec trois moulins faisant de la farine dont deux sur un ruisseau et l'autre à vent"; François MARCQ comme "fabricant d'étoffe grossière en laine" et Jacques REMIENS comme "brasseur louant sa brasserie à des particuliers".
     En 1819, nous trouvons un " maçon travaillant avec trois à six ouvriers" (Jean LISBET).
     En 1820, nous relevons des "débitants de boissons ou de bières les achetant par plus d'un litron", un tailleur d'habits (Louis VANBOMBERGHEN) et un marchand de porcs (Alexis JAUME).
     En 1821, le registre reprend un "boutiquier à domicile" (Jean François MARCQ) et une "revendeuse de bière en petit détail" (Veuve DERIDEAU).
     En 1823, il est repris un boucher (Pierre-Joseph CARLIER) et une bouchère (veuve Jean BAUTHIER), un pharmacien (Théodore CRESPIN), un "tailleur de pierres avec 30 ouvriers et débitant de genièvre" (Nicolas DELALIEUX), un "cabaretier, logeur avec une chambre" (Dieudonné GAUDY), un "tueur de bestiaux" (Charles GEORGE), deux "abatteurs de bestiaux" (Cyril DELATTE et Joachim LECLERCQ), des "boutiquiers et débitants de genièvre" (Pierre LELOUP, Louis PEDE et Jean-François MARCQ), un instituteur primaire (Nicolas TIBY) et un "tuilier avec un ouvrier" (Jean-Joseph DU BRULLE).
     En 1825, nous trouvons un "cabaretier et trafiquant en bois" (Jacob PRODEO), un "affineur de lin avec deux ouvriers et blanchisseur de toile" (MARISANS), un "officier de santé" (Antoine PILETTE), un nouveau notaire (Valentin GUILMOT), un "boutiquier, débitant de genièvre, affineur de lin avec cinq ouvriers" (Pierre LELOUP), un "trafiquant de bestiaux" (Pierre CLIGNIET) et deux scieurs de long (Joachim SAMPOUX et Théodore GHISLAIN).
     En 1827, sont repris un "vitrier seul, modiste, boutiquière" (Bourgeois et sa femme), un "charretier voiturier sur la grande route avec une voiture à quatre chevaux et une à deux" (Emmanuel BROGNET), un "tanneur avec un ouvrier et trois fosses" (Alexis LAURENT), un "marchand ambulant colportant et vendant des marchandises de la première espèce" (Jacques PIRON ) et un "boutiquier, affineur de lin avec deux ouvriers" (Nicolas ROSIER).
     En 1829, deux cordonniers avec deux ouvriers chacun (Herman et François CLOQUET), un "colporteur de toile et petits objets, colportant à dos et à brouette, vendant en plein air" (Jean-Paul ÉTIENNE),un "menuisier avec un ouvrier, boulanger, cabaretier, loueur de brasserie, brasseur" (Jean Félix),un "papetier avec treize ouvriers" (Jean-Baptiste HIERNAUX),un nouveau pharmacien (Isidore HUPEZ),un "armurier seul" (Joachim LECLERCQ),un "tourneur en bois seul" (Gaspard Olivet),et un "Receveur du Bureau de Bienfaisance ayant un traitement de trois cents francs" (Martial TIBY).
     En 1830, le registre reprend une "cabaretière-charretière" (La veuve Nicolas DERIDEAU),un "scieur de long avec ses deux fils" (Adrien DELATTE),le "Receveur de Monsieur le Comte DEBLOIS ayant un traitement au-dessous de trois cents francs annuellement" (François DELALIEUX),un "tourneur de tuiles en bois" (Jean-Paul ÉTIENNE) et un "notaire-trafiquant de papier avec treize ouvriers" (Valentin GUILMOT qui a repris la papeterie de Jean-Baptiste HIERNAUX)
     En 1831, François DELALIEUX est toujours receveur du Comte DEBLOIS, mais devient en plus "maître de carrière avec cinq ouvriers".
     En 1833, le registre reprend un "médecin-chirurgien, docteur" (Jean-Philippe THIRIAR) et un pharmacien (Benoît WILLIOT).
     En 1834, nous relevons un "distillateur employant 1000 barils" (Veuve Adrien LECLERCQ) et un "cordier seul, boutiquier" (Dieudonné JAUMOT).
     En 1835, un "débitant de genièvre par litron, demi-litron et quart de litron" (Maurice ROUSSEAU), un "éclusier-cabaretier" (Désiré WATTEAU), quatre éclusiers détaillant du genièvre" (Isidore DEMARLIÈRE, Alexis GRÉGOIRE, Joseph PETIT et Pierre DUMONT) ; un maître d'école (François DEMOULIN), un "adjudicataire de chaises" (Alexandre PLISNIER), un cirier (Nicolas TIBY) et un "marchand de clous" (Louis BOUSSINGAULT).
     En 1836, un nouveau maître d'école (François SMET), un nouvel "éclusier-cabaretier" (M. CATEAU) et un "artiste-vétérinaire" (Jean-Baptiste LAVEND'HOMME). Louis BOUSSINGAULT devient "marchand de clous-boulanger".
     En 1837, Catherine et Nestor LECHIEN sont "cabaretiers donnant quatre bals par an, exigeant une entrée de cinquante centimes". Les nouveaux commerçants-artisans inscrits au registre sont "un boutiquier, débitant de genièvre, marchand de tuiles" (Gustave LESCART), encore un nouvel "éclusier-cabaretier" (Jean-Joseph COCU), un instituteur (Jean HUEZ), un vannier (Jean-Baptiste PERSENAIRE) et une "négociante en chaux" (La veuve Jean-Baptiste CAPITTE). Jean-Baptiste DUMORTIER devient le nouveau notaire et Norbert CLOQUET commence sa carrière de médecin de la commune.
     En 1839, Adrien DULIER devient "exploitant de moulin mû par l'eau" (Moulin d'Escaron). Il y a donc trois moulins à eau et un moulin à vent qui fonctionnent dans la commune de Feluy.
     En 1840, il est repris un "maçon avec sept ouvriers" (Jean-Baptiste LECLERCQ), un "pharmacien-boutiquier" (Benoît WILLIOT) et un "éclusier-cabaretier-boutiquier" (Dieudonné BRUYERE).
     En 1842, nous trouvons un "forgeron-cabaretier" (Louis BAUTHIER), un exploitant de four à chaux, débitant de farine" (Joachim LECLERCQ) et deux "marchands ambulants" (Louis LEBRUN et la veuve Jean-François LISSE). Le prix d'entrée des quatre bals annuels donnés par Catherine et Nestor LECHIEN est porté à 60 centimes chacun. Le brasseur Pierre-Joseph ZERQUE emploie 4655 hectolitres de matières premières pour sa brasserie et Louis BOUSSINGAULT devient "marchand de clous, pannes et carreaux-boulanger".
     En 1843, un ébéniste est repris au registre (Félix LEFÈVRE) et Louis LAURENT est inscrit comme "boulanger, marchand ambulant étalant sur une table en plein air des marchandises de première espèce".
     En 1844, Pierre LIÉNARD exploite toujours ses trois moulins "servant à moudre alternativement du froment, du seigle et de la drêche" et Bartholomé PONNIAU est repris comme "marchand ambulant étranger vendant des livres en plein air".
     En 1845, inscription d'un nouvel instituteur (Louis MAGRITTE) et de deux "gardes particuliers au traitement au-dessous de 636 F" (François DEWAVRE et Léopold FONTIGNIES).
     En 1846, sont repris au registre, un "marchand ambulant vendant des marchandises qu'il transporte en balles, tels que vases de bois de deuxième catégorie" (Philibert LIMBOURG) et un horloger (Léopold LATINIES).
     En 1847, installation d'un nouveau maître d'école (Pierre LIÉNARD) et d'un nouveau pharmacien (Nicolas DELBRUYERE).
     En 1848, nous retrouvons un "cabaretier, marchand de bois ou plutôt de fagots" (Jean STAUMONT) et un nouvel "artiste-vétérinaire" (Dieudonné BARY).
     En 1849, Émile LIÉNARD reprend la succession de Pierre LIÉNARD et exploite les trois moulins à farine et à drêche. Le registre reprend un colporteur sans panier, ni hotte, ni balle et vendant des boules" (Jean-Baptiste HECQ).
     En 1850, un "régisseur de forges au traitement de six cents francs, cabaretier" (Joseph DENIS), un "marchand ambulant indigène de bonbons étalant sur une table en plein air aux foires et marchés" (Louis LAURENT), un "marchand ambulant indigène de vases en bois, étalant aux foires et marchés par terre" (Philibert LIMBOURG) et deux "marchands de bois en perches" (François ARGOT et Jean-Baptiste GHISLAIN).
     En 1851, nous trouvons un "cabaretier, marchand de bois en perches en petites quantités" (François ARGOT), un "marchand de bois en perches et fagots" (Jean-Baptiste GHISLAIN), un "couvreur en ardoises" (Jean-Baptiste PAYEN), un "serrurier avec deux ouvriers, boutiquier tenant de la poudre à tirer, mécanicien seul ayant un four a fondre le fer et un tour mû à bras aussi pour le fer" (Abélard TOUSSAINT), un "marchand de charbon au détail" (Joseph HECQ) et un "trafiquant en houblon" (Constant DUBOIS). Louis BOUSSINGAULT est toujours "boutiquier, marchand de bois en perches, pannes, clous, etc.", Dieudonné BARY est devenu "artiste-vétérinaire, agent d'une société d'assurance pour le bétail" et Adrien CANELLE est marchand de couleurs.
     En 1852, un "cordonnier, cabaretier, boutiquier tenant de la poudre à tirer" (Benoît LECHIEN), un "boutiquier en chicorée seulement" (Joachim LISSE), un "vendeur de paniers aux foires et marchés étalant à terre" (Charles VAN DERSTINE), un "négociant en toiles et farines, apprêteur de lin sans moulin ayant trois ouvriers" (Jean-Joseph GOFFIN)et un plafonneur (Félix PLACEMAN).
     En 1853, un "maître d'école, agent d'assurances pour trois compagnies belges, marchand de bois" (Pierre-François LIÉNARD), un "médecin, maître de carrière avec 25 ouvriers, exploitant un moulin à scier la pierre mû par la vapeur, ayant une armure" (Norbert CLOQUET), un "charretier à un cheval" (Jean-Baptiste MEURÉE) et un "boutiquier, fabricant de tabac sans ouvrier, ayant un moulin à bras à son usage" (Félix LEFÈVRE).
     En 1854, un "pharmacien, détaillant en liqueurs" (Nicolas DELBRUYERE), un "vendeur de pains et de biscuits" (Louis LAURENT), une "cabaretière donnant à manger" (Catherine RENARD) et un "revendeur de pains" (Ghislain-Joseph DUBOIS).
     En 1855, un "chef de station au traitement de 800 F" (Auguste DUMORTIER), un "boutiquier, débitant de pains, boucher" (LECHIEN-DECHAMPS), une "boutiquière vendant de la farine" (Henriette WATTEAU), un "cabaretier, détaillant de charbon" (Joseph LECHIEN), un "détaillant de charbon" (Martin VARLET), un "briquetier avec douze ouvriers" (Édouard COULON), un "vendeur de farine au détail" (Florent LECHIEN, un "exploitant de papeterie avec onze ouvriers pendant six mois" (Antoine HERMAN de Nivelles), un "marchand de bois scié, vendant de la farine au détail" (Honoré DAUBIOUL), et un "trafiquant en grains" (Aimé DELBRUYERE). L'instituteur Pierre-François LIÉNARD est devenu "agent d'assurance et marchand de bois" et est remplacé dans sa fonction d'instituteur par Valentin LECHIEN.
     En 1856, nous trouvons un "marchand ambulant indigène vendant en ambulance des marchandises de deuxième catégorie, sans hotte, panier, etc. (...) et se plaçant dans les rues et marchés sans échoppes ni tables" (Joseph GILMONT).
     En 1858, il est repris un "marchand ambulant transportant, dans une balle, des marchandises de la deuxième catégorie" (Félicien DELAU), un "cabaretier-adjudicataire de barrière" (Adolphe Klenerman), un "marchand de chiffons" (Joseph CROISEAU), un "boulanger-pâtissier" (Auguste DUCASTEL) et un "marchand de pommes" (Frédéric DELHAYE). Louis BOUSSINGAULT est devenu "boulanger, marchand de bois, boutiquier, revendeur de viande, marchand de farine".
     En 1859, un "marchand de bois à brûler" (Jean-Baptiste GHISLAIN), un "négociant en toiles et en denrées coloniales" (Jean-Joseph GOFFIN), un "instituteur particulier" (Florimond PARADIS), un "débitant de biscuits" (Louis LAURENT), un "trafiquant en grains et farines" (Aimé DELBRUYERE) et un "marchand de cochons fréquentant les foires et marchés" (Casimir DELCORTES).
     En 1860, un "cabaretier, menuisier avec un ouvrier, adjudicataire de barrière" (Félicien DAUBIOUL), un "cabaretier, marchand de billards, menuisier avec trois ouvriers, marchand de farine" (Honoré DAUBIOUL) et un "débitant de boules" (Louis LAURENT). L'exploitation du maître de carrière Gérard DELALIEUX est reprise par Émile VAN DEN DOOREN.
     En 1861, un "cabaretier, boutiquier, peintre en bâtiments avec un ouvrier" (Adrien CANELLE) et un "négociant en toiles et denrées coloniales, apprêteur de lin avec trois ouvriers" (Jean-Joseph GOFFIN).
     En 1863, un "chaufournier avec un four" (PATERNOTTE Frères).
     En 1865, un "boulanger, marchand de pannes, farine, boutiquier, cabaretier" (Adrien LESSEINNE), une "boutiquière-lingère" (Adeline MANSART), une "marchande de bonbons" (La veuve Pierre DIEU), un "marchand ambulant indigène colportant à dos d'homme des marchandises de la deuxième catégorie" (Jean-François VANDENBECK) et un géomètre (Julien PIRON ).
     En 1866, un "marchand de bières étrangères, marchand de liqueurs par quantités inférieures à onze litres à la fois" (Jules FÉLIX) et un banquier (Jules HUET).
     En 1867, nous relevons un "employé ne travaillant que trois jours par semaine aux appointements de 400 F l'an" (Henri ESTIENNE). Norbert CLOQUET a abandonné toutes ses professions accessoires et n'est plus repris que comme médecin.
     En 1868, une "marchande ambulante indigène vendant des boissons alcooliques en ambulance qu'elle transporte dans un panier" (Marie-Thérèse CHARLIER, veuve Jean BALEUX), une "boutiquière-chiffonnière" (La veuve Joseph CROISEAU) et un "horloger-boutiquier" (Joseph DEGUIDE).
     En 1869, un "boulanger-pâtissier, marchand de jouets d'enfants" (Auguste DUCASTEL) et un "boutiquier, marchand ferblantier" (Benoît HIERNAUX).
     En 1870, un "marchand de pommes de terre frites" (Joseph AGNEESSENS), un "chiffonnier" (Émile BERTEAU), un " marchand de casquettes" (Augustin NAVEZ), un "débitant de pommes de terre frites" (Émile ROUSSEAU) et un logeur (Dieudonné Sel). Jules FÉLIX devient "vinaigrier employant cinq cuves jumelles" et l'instituteur PARADIS devient "boutiquier-instituteur privé".

     Malgré leur nombre relativement élevé, les travailleurs indépendants sont loin de représenter la tranche la plus importante de la population active de Feluy. Une main-d'œuvre abondante est toujours disponible et peut difficilement trouver de l'embauche sur place. Jusque dans les premières années de la période hollandaise, les seuls débouchés se retrouvent dans les nombreuses entreprises agricoles et dans les quelques petites carrières qui sont bien loin de pouvoir absorber toute la main-d'œuvre locale. Le secteur de la construction est peu actif en Belgique jusqu'en 1820 et la demande de pierres de taille est en veilleuse. Les premières années de notre indépendance ne semblent pas propices à l'industrie de la pierre. L'époque n'était pas aux grandes usines que nous avons connues après la première guerre mondiale, mais aux entreprises familiales ne comptant le plus souvent que quelques dizaines d'ouvriers. Les carrières occupaient au maximum une cinquantaine d'ouvriers chacune et nous n'avons relevé qu'une carrière, la carrière des frères PENNART qui en occupa une centaine entre 1864 et 1868.

     En dehors des carrières et des entreprises agricoles, quelques rares débouchés se profilent de-ci, de-là. Une bonne dizaine d'artisans se font aider régulièrement par un ou deux ouvriers, et, au gré des circonstances, quelques petites entreprises se créent et absorbent un peu de main-d'œuvre pendant leurs périodes de fonctionnement.

     Les plus importants pourvoyeurs d'emplois sont : le notaire Valentin GUILMOT qui gère une papeterie occupant une bonne dizaine d'ouvriers jusqu'en 1847 et une trentaine par la suite, de 1848 à 1854 ; le mécanicien-serrurier Abélard TOUSSAINT qui occupe de deux à quatre ouvriers entre 1849 et 1862 ; le maçon Jean-Baptiste LECLERCQ qui emploie sept ouvriers de 1844 à 1850, le menuisier Honoré DAUBIOUL qui en occupe de deux à quatre entre 1850 et 1866, le briquetier Édouard COULON qui en occupe douze en 1854 et 1855 et l'apprêteur de lin Jean-Joseph GOFFIN qui en occupe huit de 1852 à 1854 et seize de 1863 a 1869.

     Inauguré le 25 septembre 1832, le canal de Charleroi à Bruxelles devient rapidement un des bons pourvoyeurs d'emploi pour les Feluysiens, et, dès 1834, il assure la subsistance d'un bon nombre de familles locales. A l'époque, la plus grande partie du transport commercial se fait par voie d'eau et l'ouverture du canal à petit gabarit est un véritable bienfait pour la région qui sort ainsi de son isolement. Très rapidement, une activité des plus intenses règne sur le canal et en ses abords immédiats. De véritables embouteillages bloquent parfois les accès aux écluses dont les responsables évaluent bien vite l'intérêt que peut procurer pareille situation. La plupart d'entre eux deviennent rapidement "éclusiers-cabaretiers" et profitent ainsi des temps d'attente imposés aux bateliers. Ceux-ci et leurs familles vivent exclusivement dans leurs bateaux et, par la force des choses, doivent s'approvisionner en marchandises de consommation personnelle tout au long de leurs divers itinéraires. Cette clientèle obligée incite les commerçants à ouvrir des boutiques le long du canal en des endroits stratégiques tels le Petit-Moulin, le Rivage à Seneffe ou le Pont du Warchais à Arquennes.

     Seuls, les bateaux d'un tonnage inférieur à 70 tonnes peuvent emprunter le canal de Charleroi à Bruxelles. Ces "sabots" sont la propriété de familles aisées qui les louent le plus souvent à des pères de familles nombreuses qui disposent ainsi de main-d'œuvre gratuite pour le halage de leurs péniches dont le déplacement dépend exclusivement de la traction humaine. A l'époque, il n'est pas rare de rencontrer des péniches tirées par des enfants d'une dizaine d'années et se déplaçant à vitesse plus que réduite. Les bateaux sont immatriculés dans les communes choisies comme port d'attache par leurs propriétaires. Ainsi, à Feluy, entre 1832 et 1860, une vingtaine de bateaux différents sont enregistrés. Ils servent essentiellement au transport de notre pierre vers Bruxelles et la Hollande et à l'enlèvement d'une partie de la production des charbonnages de Mariemont et Bascoup stockée au rivage de Mariemont à proximité du Pont du Blocus à la Marlette.

     Les péniches qui se déplacent sur notre canal sont réellement d'un petit gabarit et sont nommées "sabots" par dérision. En effet, leur tonnage est à peine supérieur à celui d'un wagon. Il en subsiste encore quelques-uns, aménagés en habitation et amarrés dans le bras du canal du Rivage de Mariemont.

     A partir de 1865, il est constaté un net fléchissement dans le service des bateaux locaux. Seuls trois d'entre eux assurent encore quelques transports durant une partie des années 1865-1870. Il est grand temps que le canal soit entièrement élargi car sa rentabilité est tombée bien bas et le chemin de fer semble avoir engagé le combat qui l'oppose au transport par eau. Les "sabots" avec leur petit tonnage et leur vitesse réduite à l'extrême ne pouvaient gagner ce combat disproportionné.